Être agréable : un frein à la carrière?

par Josiane Roulez

Vous êtes reconnu pour votre personnalité amicale? Bon point pour vous : les personnes agréables sont très recherchées des employeurs. Une fois en poste, cependant, elles ont parfois moins de chances de gravir les échelons. Quelques conseils pour tirer le maximum de votre personnalité agréable au travail.

Une arme à double tranchant
Les personnes agréables font preuve de coopération, de flexibilité, de tolérance et d’indulgence. Selon une étude récente de l’Université du Minnesota, ces qualités seraient hautement recherchées des employeurs, particulièrement en combinaison avec une grande conscience professionnelle. Selon les chercheurs, être agréable serait aussi un gage de succès au travail.

Toutefois, selon d’autres études, être amical présenterait aussi des désavantages sur le plan professionnel. Les personnes amicales seraient moins bien payées que leurs collègues moins agréables, et obtiendraient des promotions moins importantes et plus rarement. Lorsqu’elles seraient nommées cadres, ce serait à la tête d’équipes plus réduites.

Être amical… mais pas trop!
L’agréabilité est l’un des cinq traits fondamentaux de la personnalité suivant la théorie du « Big Five », un modèle largement appuyé par la recherche en psychologie. La firme de psychologie organisationnelle SBP, qui se dédie à la sélection, au développement et à la mobilisation des talents, utilise des tests psychométriques reconnus pour évaluer chaque année des milliers de candidats. Son département de recherche et développement examine l’influence de différents facteurs, dont l’agréabilité, sur la performance au travail.

« Lorsqu’on veut gravir les échelons, un score d’agréabilité modéré est préférable à un score extrême », affirme Julie Carignan, associée principale chez SBP. « Les personnes excessivement amicales auront souvent tendance à faire confiance aux autres au point d’être naïves ou à aider leur entourage en s’oubliant elles-mêmes. Il est difficile pour elles de démontrer le courage managérial nécessaire à un poste de gestion. »

L’ennui, c’est qu’on ne peut pas devenir « moins » agréable. Les traits de personnalité du Big Five seraient innés et stables, c’est-à-dire qu’ils ne changeraient pas au cours de la vie. Heureusement, il est possible de développer des forces complémentaires, par exemple en apprenant à gérer les conflits ou à prendre du recul face à certaines situations. De plus, on peut apprendre à s’entourer de personnes qui nous offrent un point de vue différent sur les situations.

Suivre ses talents
Julie Carignan recommande aussi de choisir un emploi en adéquation avec ses tendances naturelles. « Lorsque notre profession est alignée avec notre personnalité fondamentale, le travail nous donne de l’énergie, on se sent bien et on excelle tout naturellement. Aller de promotion en promotion n’est plus la seule voie pour réussir aujourd’hui. Il est possible de devenir une référence dans son domaine sans jamais occuper de poste de gestion! »

En général, les personnes agréables excellent dans les professions liées à la relation d’aide ou au service à la clientèle, mais elles peuvent aussi trouver leur compte en se consacrant aux aspects humains dans d’autres types de profession.

« L’essentiel est de connaître nos forces et de travailler à les compléter pour atteindre nos objectifs », résume Julie Carignan. Car tout n’est pas joué depuis le berceau, et chaque personne développe tout au long de sa vie les atouts nécessaires à sa réussite.

Étude de l’Université du Minnesota : http://pps.sagepub.com/content/9/5/538.abstract

Copyright Workopolis. All rights reserved.