L’âgisme : une discrimination des travailleurs peu connue, mais répandue

Tendances en milieu de travail L'âgisme en entreprise

En approchant l’âge de la retraite, de nombreux travailleurs sont victimes de préjugés pouvant aller jusqu’à la discrimination. Ce phénomène s’appelle l’âgisme. Peu connu, il est pourtant répandu et les conséquences peuvent être dramatiques pour ces travailleurs.

 « L’âgisme cible surtout les personnes âgées, explique Martine Lagacé, professeure au département de communication de l’université d’Ottawa et auteure du livre Représentations et discours sur le vieillissement : la face cachée de l’âgisme ?. Ce phénomène provient de la croyance qu’à partir d’un certain âge, un travailleur n’arrive plus à s’adapter aux changements, d’apprendre, ou de gérer des problèmes. Ces stéréotypes puisent leur source dans la vision assez négative que notre société a du vieillissement. »

Ces préjugés ont la vie dure, selon une étude de Revera et de la Fédération internationale sur le vieillissement (FIV) réalisée en 2012. Au Canada, 35 % des personnes interrogées ont admis avoir traité quelqu’un différemment en raison de son âge, et 79 % considèrent que les personnes âgées sont moins importantes que les autres générations.

« Ce que les gens ne savent peut-être pas, c’est que l’âgisme peut avoir des répercussions aussi négatives que le racisme, le sexisme ou l’homophobie », ajoute Martine Lagacé.

Les manifestations de l’âgisme en entreprise

Suzanne a passé 25 ans au sein de la même entreprise. « C’est chez moi, dit-elle. Je suis même allée travailler un 24 juin et ça ne me dérangeait pas ! » Malgré son implication et sa motivation, Suzanne est actuellement victime d’âgisme. Éligible pour la retraite, son entreprise lui a fait comprendre qu’il était temps qu’elle parte. « Lors de mes dernières évaluations, le nouveau gestionnaire m’a dit que je n’atteignais pas les objectifs, raconte-t-elle. Pourtant, pendant toute ma carrière, mes évaluations ont toujours été positives. »

En milieu de travail, les études sur l’âgisme ont montré que les personnes âgées ont moins accès à des promotions. D’autres manifestations : les blagues sur l’âge, le peu de formation, des projets moins intéressants ; la victime est également mise à l’écart du circuit de communication officiel.  

Des conséquences psychologiques

Après avoir consacré temps et énergie à son travail, se faire montrer la porte en raison de son âge a des conséquences sur la santé psychologique des travailleurs. « Lors de nos études, les résultats ont été les mêmes pour chaque personne victime d’âgisme, relate Martine Lagacé. La première réaction est un grand sentiment de colère, puis une forme de désengagement, et enfin, l’envie de partir à la retraite au plus vite. »

Ces travailleurs ne se sortent pas indemne d’un tel traitement puisque l’estime de soi est mis à mal. Certains d’entre eux peuvent même souffrir de dépression.

Sentiments de trahison, d’impuissance et perte de l’estime de soi, ce cocktail mène à une détresse psychologique pouvant aller jusqu’à la dépression.  « C’est difficile à accepter, car je suis persuadée que je pourrais encore donner beaucoup à mon entreprise », déplore Suzanne.

L’âgisme a des effets à long terme sur les victimes. « Lorsque les dernières années de travail sont mal vécues, il y a un effet de chevauchement, explique Martine Lagacé. Cela affecte la qualité de vie des premières années de retraite ».

Le phénomène de l’âgisme touche plus particulièrement les personnes âgées en milieu de travail, mais aussi dans leur quotidien. Or, n’oublions pas une chose : en dehors d’une mort prématurée, on deviendra tous vieux un jour !

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