Préparer son entretien d’embauche : les conseils d’une recruteuse

Entrevue d'embauche

Lors d’une entrevue d’embauche, est-il préférable d’aider les candidats à se préparer, pour qu’ils soient à leur sommet, ou plutôt de tenter de les déstabiliser, pour connaître leur vraie nature?

La vidéo The Candidate a fait le tour du web en 2013. Heineken avait alors décidé de renouveler ses méthodes de recrutement en plongeant ses candidats dans des situations imprévisibles : un patron qui simule une crise cardiaque, une alarme de feu inopportune et ainsi de suite.

Le but : empêcher les candidats de sortir leur cassette en livrant les mêmes réponses convenues aux mêmes questions prévisibles. Qu’en penser?

Les vertus du confort

Véronique Boutin, CRHA et formatrice en techniques d’entrevue, se montre sceptique devant une telle approche qui vise à déstabiliser le candidat :

« Les recherches actuelles nous montrent que c’est plutôt en établissant un climat de confiance que l’on réussit à prédire si le candidat sera performant en emploi et que l’on obtient une information de qualité, les deux objectifs de l’entrevue d’embauche. »

Eve Baillargeon, CRHA et présidente d’Optima Gestion RH, est de la même école : « C’est sûr que l’on ne veut pas leur donner tout cuit dans le bec, mais l’objectif demeure de mettre les candidats à l’aise. »

Comment y arrive-t-on? « En leur communiquant les grandes étapes d’embauche. En les prévenant s’il y a des tests à passer et en les informant sur la durée. Puis, en brisant la glace avec des conversations plus légères en début d’entrevue. »

Véronique Boutin insiste aussi sur l’importance de l’accueil : « On informe la réception qu’il y a une entrevue à l’horaire, pour qu’elle puisse recevoir le candidat convenablement. »

Cependant, la conseillère reconnaît qu’il y a un seuil à ne pas dépasser lorsqu’on cherche à mettre à l’aise le candidat : « Un candidat qui se sent trop à l’aise risque de sous-performer », prévient-elle.

Pour économiser du temps et tester la capacité d’adaptation

Un des avantages de miser sur la spontanéité et d’entretenir le flou autour du processus d’entrevue est d’économiser du temps, croit Eve Baillargeon.

« Je vois beaucoup de petites entreprises qui ne donnent pas toute l’information aux candidats, ou qui demandent de passer un test sans préavis… Mais l’intention n’est pas de déstabiliser le candidat. C’est pour économiser du temps, explique la conseillère. On ne veut pas faire passer un test inutilement à un candidat qui n’est pas intéressant pour le poste. »

Pour sa part, Véronique Boutin peut concevoir qu’une agence de création ou encore un cabinet d’avocats, où la culture de la performance est très valorisée, choisissent de plonger les candidats dans un processus de sélection inusité et déstabilisant.

« Tout dépend de ce que l’on cherche à mesurer comme compétences… Cela peut probablement fonctionner, si on cherche à évaluer la capacité d’adaptation ou la tolérance à l’ambiguïté », concède-t-elle, tout en soulignant que ces éléments peuvent aussi être évalués par des techniques éprouvées, comme la mise en situation.

Bon pour la marque employeur

Pour revenir à Heineken, Véronique Boutin croit qu’il y a sans doute derrière ce coup d’éclat une volonté de mousser la marque de l’employeur. Ce qui n’est pas dépourvu d’intérêt, remarque la conseillère : « C’est notamment par l’expérience candidat que l’on bâtit la marque employeur. Les candidats qui ne sont pas recrutés deviennent nos ambassadeurs sur le marché de l’emploi. »
-Article fourni par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés

 

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