Vos employés ne vous appartiennent pas

En parlant de son personnel, un patron à la retraite d’une grande agence de pub m’a déjà lancé : « Je n’ai jamais oublié que mon capital humain prenait l’ascenseur chaque soir pour rentrer à la maison. »

Bien des dirigeants d’entreprise auraient intérêt à retenir cette sagesse en apparence simpliste.

Une entreprise détient plusieurs formes de capitaux : des technologies, de l’équipement, des infrastructures. Mais elle ne détient pas son capital humain, ses employés.

« Toutes les entreprises aiment dire que leur équipe représente leur plus grande richesse. Malheureusement, je ne connais pas beaucoup de C.A. qui reconnaissent que leur capital humain ne leur appartient pas », dit Lucie Morin, professeure titulaire à l’École des sciences de la gestion de l’UQÀM.

Selon cette chercheuse qui s’intéresse aux facteurs de rétention des employés, les dirigeants oublient effectivement que, chaque soir, leurs employés prennent l’ascenseur pour rentrer chez eux Et qu’ils pourraient bien ne pas revenir le lendemain!

D’agents libres à partenaires

« Dans une organisation, les employés sont un peu comme les agents libres dans la Ligue nationale de hockey, illustre Mme Morin. Ils peuvent changer d’équipe n’importe quand. Or, la mentalité dans plusieurs entreprises est de dire : ce sont nos ressources humaines, on peut en faire ce qu’on veut. »

À son avis, ce « modèle mental » doit changer.

Reconnaître que les employés ne sont pas la propriété de l’entreprise est la première étape vers une meilleure gestion des ressources humaines.

Lucie Morin croit que les organisations devraient considérer leurs employés comme des « partenaires internes ».

Après tout, ce sont des humains qui décident de former un partenariat à long terme avec l’entreprise, selon certaines conditions. « Déjà, en pensant de cette façon, l’entreprise change son modèle mental. Peut-être, alors, aura-t-elle plus de respect et de reconnaissance envers ses employés. »

Un peu respect, s.v.p. !

Car c’est la clé de la rétention. Au fil de ses recherches, Mme Morin et son équipe ont fait ressortir trois éléments que les employés valorisent plus que tout. Au boulot, ils veulent du respect, de la reconnaissance et de bonnes relations interpersonnelles.

L’absence de ces « 3R » risque de mener à des démissions. Possiblement, le capital humain sera tenté d’aller voir si le pré est plus vert chez le voisin.

Dans plusieurs entreprises, perdre de bons employés peut avoir des effets dramatiques.

Par exemple, où se trouve la valeur d’une agence de publicité? Dans ses ordinateurs? Non, bien sûr. Elle se trouve dans la tête des « créatifs » qui font rouler ces boîtes… et qui prennent l’ascenseur chaque soir pour rentrer chez eux!

On comprend mieux, maintenant, l’inquiétude de cet ex-patron d’agence en voyant son capital humain déserter ses locaux aux alentours de 17 heures!

« À mon avis, conclut Mme Morin, la première qualité d’un patron de département est l’humilité. Plusieurs patrons croient devoir prouver qu’ils sont bons. Ce n’est pas ça du tout. Ils doivent surtout être capables de donner le plancher à leurs employés, de faire sortir le meilleur d’eux-mêmes. »

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